Premier Romancier de l’Algerie et du Nord Afrique

 Mohamed ben si Ahmed BENCHERIF

 

Paru le 14/12/2006:  Rocher de sel : vie de l'écrivain Mohamed Bencherif (par Khireddine, Ahmed)

 

Mohamed ben si Ahmed BENCHERIF

   Né le 16 février 1879 à Djelfa, chez les Ouled si M’hamed, de la confédération des Ouled Naïls. Son grand-père Si Cherif Ben El-Ahrèche servit l'Emir Abdelkader.

    Mohamed ben si Ahmed Benchérif suivit les cours du lycée d'Alger. Condisciple en 1897 de l'Emir Khaled à l'école militaire de Saint-Cyr (France), il en sort sous-lieutenant en 1899. Affecté comme officier d'ordonnance du Gouverneur général Charles Jonnart. Il est lieutenant de spahis en 1905 et caïd des Ouled Si M'hamed le 04 février 1907. En 1908, il combat avec son goum au Maroc. Retour en Algérie en 1914 et départ pour le front français. Fait prisonnier à Lille en octobre 1914, il tombe gravement malade en captivité et refuse d'avoir des privilèges par rapport à ses compagnons de captivité à Krefeld.. Interné en Suisse après 16 mois de captivité, il est rapatrié en mai 1918 et est promu capitaine cette année-là. Il reprend sa place à la tête des Ouled Si M’hamed. Le typhus se déclarant à Djelfa, il se dévoue inlassablement auprès de ses compatriotes. Lui-même est atteint par la maladie et meurt le 22 mars 1921 à Djelfa. Il avait accompli le pélerinage à la Mecque en 1913.

 

 

                                     Mohamed Bencherif                            

                             Mohamed ben si Ahmed Bencherif                     Avec le pere Si Ahmed Bencherif

 

 

 

 

 

Ahmed ben Mostapha, goumier

   L'ouvrage "Ahmed ben Mostapha, goumier", Paris, Payot, 1920, 245 p, est le premier récit (ou roman de fiction) publié en volume par un Algérien écrivant en français. Le premier roman algérien de langue française se distingue également de la production de son époque par la qualité de son écriture.

                                                                    le premier roman d'un Algerien

A travers l'histoire du héros, officier indigène recruté pour la campagne de pacification du Maroc et engagé dans la Première Guerre Mondiale au cours de laquelle il meurt en détention dans les geôles allemandes, l'oeuvre développe, sous les modes autobiographique, épistolaire et poétique, les principaux débats de l'heure.
Bien que daté historiquement, notamment lorsqu'il aborde les problèmes liés au phénomène colonial, le roman de Ben Chérif est, en revanche, vite rattrapé par l'actualité lorsqu'il évoque la nécessaire mutation de la communauté musulmane pétrifiée par l'adoration du passé et les antiennes anachroniques qui la coupe de l'Universel et de son temps.
L'aïeul du héros viendra lui-même le dire, en songe, à son petit-fils : Le monde a évolué sans nous ! Ouvre les yeux mon fils ! et regarde

 

Aux villes saintes de l'Islam

L'autre ouvrage de Mohamed Bencherif est "Aux villes saintes de l'Islam", Paris, Hachette, 1919, 252p, relation de voyage, récit du pèlerinage à la Mecque et à Médine que l'auteur a accompli avec son père en 1913.

 

 

Extrait du livre - Les Grandes Familles Algeriennes, Gouvions 1921

Document aimablement transmis par  H. Merabet (Tlemcen)

 

 

 

 

LA LITTERATURE ALGERIENNE

1- Quand on s'interroge sur la naissance du roman algérien, l'on évoque immédiatement et avec vivacité des noms comme Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun ou encore Mohamed Dib.
Des noms que l'on qualifie de pionniers du roman algérien. Or, l'histoire de ce dernier remonte bien au-delà des années 50. C'est vers la première moitié du XIXe siècle que la prose narrative - c'est-à-dire le roman - est née.
C'est du côté de Djelfa que vient le premier roman algérien de langue française, celui de
Mohammed Ben Si Ahmed Bencherif, paru en 1920 et intitulé Ahmed Ben Moustapha, goumier. Vient ensuite Abdelkader Hadj Hamou qui, en 1925, fait paraître son roman Zohra, la femme du mineur.
Chukri Khodja écrit successivement deux romans, le premier Mamoun, l'ébauche d'un idéal, est paru en 1928, le second El Eudj, Captif des barbaresques est publié en 1929.
Vient, quelques années plus tard le tour de Mohammed Ould Cheikh qui publie en 1936 Myriem dans les palmes.
La première génération de romanciers algériens se situe donc dans les années 20, contrairement à ce que l'on croit unanimement, où ces derniers, plus nombreux, se sont mêlés aux essayistes.
Le roman devenant le genre littéraire le plus adopté se diversifie, et l'essai, qui était jusqu'alors prédominant, est peu à peu relégué au second plan.
        Par Yacine Idjer

 

2- C’est en Algérie que la première génération se manifeste à travers des essais et des romans à thèse. Si M‘Hamed Ben Rahal aurait écrit, en 1891, la première nouvelle en langue française. Le premier roman, en 1920, est de Ben Si Ahmed Bencherif (1879-1921) et s’intitule Ahmed Ben Mostapha, Goumier. Il faut aussi citer les noms de Abedelkader Hadj Hamou (1891-1953), Chukri Khodja (1891-1967), Mohammed Ould Cheikh (1905-1938), Aly El Hammamy (1902-1949), Rabah Zenati (1877-1952), Djamila Debêche (née en 1926) et Marie-Louise-Taos Amrouche (1913-1976). Jean Amrouche (1906-1962) se détache sans conteste et donne à la littérature algérienne et maghrébine de langue française ses premiers poèmes nourris de spiritualité et de recherche des repères identitaires.

 

3- Sous la domination coloniale naquit une littérature bilingue – française et arabe – à la recherche de repères identitaires et culturels. Si M’Hamed Ben Rahal aurait écrit, en 1891, la première nouvelle en langue française. Le premier roman, daté de 1920, serait signé de la plume de Ben Si Ahmed Bencherif. Sur les traces des pionniers du genre, le poète Jean Amrouche (Etoile secrète, L'éternel Jugurtha) donne ses lettres de noblesse à la littérature algérienne. On citera également parmi les écrivains dits « de première génération » (autour de 1945) Malek Haddad (La Dernière impression), Mohammed Dib (La Grande maison, L’Incendie) ou encore le dramaturge Kateb Yacine.

 

4- Les Algériens se mettent à écrire après la première guerre mondiale. Ils s’aventurent dans le journalisme, publient des essais et des témoignages sur plusieurs sujets socio-politiques. Certains critiquent l’influence négative du colonialisme sur la vie des Algériens, d’autres vantent la mission civilisatrice de la France. Bientôt apparaissent les premiers romans. Jean Déjeux les caractérise comme “médiocres et décevants” et témoigne qu’entre 1920 et 1945 les Algériens en publient une douzaine: Ahmed Ben Mustafa, le goumier (1920) de Caïd Ben Cherif, Zohra, la femme d’un mineur (1925) d’Abdelkader Hadj-Hamou et d’autres . Tous ces romans sont exotiques et moralisants. Les écrivains décrivent la vie quotidienne, recourent souvent au folklore et s’adressent toujours au lecteur français. Leur critique retenue ne touche que certains aspects de la morale. D’une façon générale, les romans des années 20 et 30 constituent, selon les chercheurs presque unanimes, la période d’assimilation, d’acculturation ou de mimétisme dans l’histoire de la littérature algérienne. A cette époque, les Algériens maîtrisent suffisamment le français pour pouvoir créer des oeuvres littéraires en imitant leur écrivain préféré.  Vladimir SILINE , LE  DIALOGISME  DANS  LE  ROMAN  ALGÉRIEN DE  LANGUE  FRANÇAISE

 

5-C'est alors que, pour la première fois, des romans, des nouvelles ou de la poésie écrits en français par des Algériens, sont publiés. Les auteurs ont nom : Mohammed Benchérif, Abdelkader Hadj Hamou, Chukri Khodja, Mohammed Ould Cheikh, Rabah Zénati, Bamer Slimane Ben Brahim entre autres. Ils sont pour la plupart fonctionnaires de l'administration coloniale. Le titre qui inaugure la série est le roman, en partie autobiographique, du caïd et capitaine Benchérif : Ahmed ben Mustapha, goumier. Il donne le ton, inscrivant la fiction algérienne dans le procès d'acculturation. Le héros relate ses campagnes militaires au Maroc et en France, sa captivité en Allemagne et dit, à la faveur de cette narration, son apprentissage de nouveaux comportements et son initiation à une étiquette et à des schèmes de conduite dans les relations sociales, notamment avec des femmes européennes. Mais l'itinéraire s'achève, significativement, dans la solitude et la maladie, en Suisse.Charles BONN et Naget KHADDA in "La littérature maghrébine de langue française".

 

6- Extrait de la these de Benammar benmansour Leïla,

La littérature des indigènes francisés prend son essor dans les années 20 du Xxe siècle. Le premier roman indigène d’expression française voit le jour, selon les spécialistes de la question avec “ Ahmed Ben Mostapha, goumier ” (1920) du capitaine Bencherif.

Avec l’avènement de l’Algérianisme, l’année 1920 est une date clef et elle est aussi celle de l’ouvrage du capitaine Bencherif “ Ahmed Ben Mostapha, goumier ”. 1929 est bien celle du mouvement islamique avec les Oulémas qui prennent le devant de la scène en créant en 1930 leur mouvement mais qui ne devient officiel que vers 1935. L’ouvrage de Chukri Khodja est publié en 1929. 1936 c’est la date du congrès musulman où les Oulémas et la fédération des élus du constantinois se réunissent en congrès dans le but de suivre une ligne de conduite commune. C’est cette année que Mohamed Ould Cheikh publie “ Myriem dans les palmes ”.

Ces trois romans répondent donc aux préoccupations de l’heure. De ces trois ouvrages, celui du capitaine Bencherif se distingue de par sa teneur et son approche tout à fait politique en posant “ le problème algérien ” dans son ensemble. Cet ouvrage se dégage sensiblement des deux autres et répond aux préoccupations qui sont les nôtres dans ce travail, c’est la raison pour laquelle nous lui accorderons une attention particulière.

Le capitaine Bencherif : l’assimilationniste désabusé

Le premier roman indigène, celui du capitaine Bencherif, “ Ahmed Ben Mostapha, goumier ” tire en longueur. Si le lecteur est pris au départ dans l’entrain de ce jeune nomade dynamique et vif qui en a assez de traîner son oisiveté alors que la guerre fait rage au Maroc et décide de s’engager, le lecteur veut bien le suivre dans son combat sincère et désintéressé sous le drapeau français mais le capitaine Bencherif, alias Ahmed le goumier ne capte pas l’attention du lecteur par une histoire soi-disant romanesque. Même aux confins de la guerre au Maroc, pas de rebondissements, pas de sensations fortes. De retour en Algérie, Ahmed parle de sa famille mais où est-elle donc ? Puis c’est la guerre de 14, il repart mener bataille en France contre les “ boches ” mais point de champs de bataille. Ahmed est fait prisonnier par les Allemands. Seuls les dialogues entre les goumiers ou entre Ahmed et son capitaine ou entre Ahmed et le soldat allemand donnent de la vie à une narration plutôt morne. C’est à se demander finalement pourquoi ce roman et est-ce un roman ?

Est-ce que vraiment Bencherif a voulu faire oeuvre littéraire ? Il y a doute effectivement. “ Ahmed Ben Mostapha, goumier ” n’aurait-il pas quelques ressemblances avec “ les Algérianistes ” de Randau ? Pierre Grenaud en serait peut-être choqué, car, en effet, si nous voulons éclaircir la toile de fond, en débroussaillant, nous ne retiendrons de ce roman que les dialogues comme dans le cas de l’ouvrage de Randau. Les personnages n’ont pas un rôle particulier à jouer, ils ont simplement des choses à dire. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler, pas d’intrigues, c’est le plat.

Bencherif, tout comme ce fut le cas pour Randau ne tenait en aucun cas, sûrement, à écrire un roman dans les “ règles de l’art ”, il s’en souciait fort peu. En définitive, cet ouvrage est écrit en bon français, l’auteur maniait bien la plume et n’avait rien à envier à ses “ amis ” algérianistes qui, tout compte fait, n’avaient pas eux-mêmes fait, pour la plupart d’entre eux, oeuvre de littérature, si nous devons les comparer à leurs contemporains métropolitains. Cet ouvrage du capitaine Ben Cherif paraît en 1920. Cette date est très importante car elle rappelle bien des choses. C’est en effet à ce moment-là que les algérianistes s’organisent et décident de faire du “ roman ” leur arme de combat afin de démontrer qu’ils sont “ les seuls Algériens ”, une Algérianité qui leur revient de droit à eux seuls les latins, puis plus tard aux Juifs aussi. N’oublions pas qu’à travers leurs ouvrages ils ont fait le procès des indigènes francisés doutant de leur sincérité et leur rappelant sans cesse que “ l’Islam est un obstacle à leur émancipation ”.

Le capitaine Bencherif a choisi le roman pour mener un combat d’égal à égal avec les algérianistes. Les indigènes francisés ayant été attaqués à travers ce genre, Bencherif “ Chevaleresque ” opte pour ce même moyen d’expression afin si ce n’est de contre-attaquer, du moins de plaider la cause de ses compatriotes Assimilationnistes et essayer de convaincre que leur dévouement pour la France est “ au-dessus de tout soupçon ” et que l’Islam n’est pas un obstacle à l’émancipation des indigènes. Si le capitaine Bencherif était encore en vie, il ne s’offusquerait pas de voir son roman qualifié de “ littérature médiocre ” car ce “ roman ” n’en est finalement pas un et le but de l’auteur n’était pas de prouver quoi que ce soit du point de vue littéraire mais du point de vue politique...

...Par contre, le capitaine Bencherif se veut un “ politique ” et en tant que tel débat du “ problème algérien ” avec les algérianistes. S’il rejoint Mohamed Ould Cheikh, louant les bienfaits de l’ oeuvre française en Algérie, il se détache de lui car il se veut plus réaliste. Bencherif n’est pas un rêveur, c’est un soldat et un soldat n’a pas le droit, sur un champ de bataille, de se laisser aller à la rêverie....

...Un regard donc sans jugement sur la qualité littéraire, critère hors sélection mais un regard sur la base du contenu du message. Seul ce regard-là nous intéresse tant nous savons que l’homme (Albert Camus) qui écrit sait ce dont il parle. Ce regard nous permet dans ce cas-là de mettre sur un pied d’égalité, un grand explorateur africain, Randau, un soldat d’honneur, le capitaine Bencherif et un prix Nobel de littérature qu’est Albert Camus. D’autant plus que leur algérianité, à eux trois, est au-dessus de tout soupçon. L’amour de leur terre natale peut excuser les écarts de l’un dans la supériorité de l’Européen, “ le seul Algérien ”, le désabusement de l’autre en une France qui a mal récompensé les services rendus et le refus enfin du troisième de soutenir les revendications d’une indépendance qui mettrait en dehors de leur patrie un million et demi de pieds-noirs... BENAMMAR BENMANSOUR Leïla, L’“ algérianité ”, ses expressions dans l’édition française (1919-1939), These Docteur -Sciences de l’information, Paris II, 2000.

 

7- Le roman de la chevalerie algérienne                                 

 

 

                                    Copyright © 2000, 2006 -B.S.K - Djelfa.Org -All Rights Reserved