Le cheval barbe, plus qu’un patrimoine

Le cheval est considéré chez les Ouled Naïl comme un repère culturel qu’il soit pur sang arabe ou anglais et surtout s’il est de race barbe. Si l’un est beau et nerveux, l’autre est endurant et rapide ; le barbe est beau à l’image du pays (sa nature de prédilection), endurant et rapide quand il est bien monté.


Il est chanté par tant de poètes, dessiné par tous les enfants, décorant les coussins et les oreillets tissés par les fines mains des h’raïr qui rêvent de cavaliers, de puissance et d’élégance. Le cheval de Berbérie se singularise par sa résistance et sa pérennité à travers les siècles et l’histoire et ce jusqu'à ces jours et il en a bien d’autres plus beaux devant lui.
Dans la steppe algérienne malgré l’introduction de moyens de locomotion et du travail de la terre : le cheval barbe reste présent et fait partie encore du décor, le visiteur saisira alors le lien que le cheval a avec la nature, l’harmonie et la symbiose avec lesquelles ils coexistent. Le cheval barbe fait partie de nos traditions séculaires.
Certains scientifiques et historiens ont longtemps soutenu la thèse que les origines du cheval barbe sont de l’Asie centrale jusqu'à ce que Malika Hachid démontre scientifiquement de par ses recherches et fouilles d’anthropologie que le cheval barbe a toujours existé en Afrique du Nord et ce, depuis la nuit des temps.

 

 

Fantassins de Djelfa

                                                        
Actuellement, sur les quarante cinq mille chevaux recensés en Algérie toutes races confondues, Djelfa en compte près de quatre mille cinq cents, en majorité cheval barbe. Soit dix pour cent du parc national équin. L’Organisation mondiale du cheval barbe, créée à l’initiative de l’Algérie en 1987, avait dans ses résolutions insisté à ce que des épreuves sportives et des meetings soient organisés pour encourager et sauvegarder la race du barbe. Cette mesure a non seulement boosté la reproduction mais surtout l’encouragement des nouveaux amis du cheval barbe. L’investissement est moins onéreux par rapport aux autres races. Parmi les mesures incitatives : la prime octroyée par le ministère de l’Agriculture est égale à celle remise au propriétaire d’un pur sang en cas de naissance, bien que le prix du pur sang est dix fois plus important que celui du barbe.   C’est à partir de cette date que l’Etat décide de créer l’hippodrome Sidi Naïl ou se tiennent depuis des meetings réservés uniquement au cheval barbe. Cet hippodrome est unique en Afrique. Le démarrage n’a pas été difficile du moment que beaucoup de courses de province avaient lieu presque une fois par mois.
Ne pouvait pas être un cheikh de tribu si il ne possédait pas au moins un cheval. Certains imams comme si Benmoatar plaçaient le cheval à bonne enseigne, il montait et participait aux courses de province son plus long poème est dédié au cheval. Durant la résistance armée dirigée par l’émir Abdelkader, le cheval barbe de la région a pleinement contribué aux victoires. D’ailleurs, Telli Benlakhal, chef des armées, qui a continué à combattre l’armée coloniale jusqu'à sa mort, bien après le traité de la Tafna a toujours considéré que les réussites sont obtenues en grande partie grâce au cheval, (barbe bien sûr). Il lui a dédié plusieurs poèmes. La commission, formée par d’illustres personnes de la société des courses hippiques et de l’organisation mondiale du cheval barbe, à son arrivée à Djelfa, était stupéfaite du nombre important de chevaux barbes qui vaquaient en plein centre ville. A cette époque, la charrette hippomobile était l’unique et le moins chèr des moyens de transport. Plus de cinq cent familles tiraient profit et vivaient de la rente du cheval. Ils avaient remarqué l’existence de plusieurs abreuvoirs en plein centre ville.
  D’autres villes, telles que Barika, M’sila ou encore Tiaret, postulaient pour abriter les meetings du cheval barbe. Devant le spectacle vécu et le travail du maire d’alors et surtout de Monsieur Boulanouar, à qui le grand mérite revient, la commission décide de choisir Djelfa comme ville du barbe et les autorités ne ménagèrent aucun effort pour transformer un champ de courses provinciales en un hippodrome remplissant toutes les conditions requises pour organiser des meetings.

Course - Hippodrome de Djelfa

 

    
Du jour au lendemain, le cheval reprend sa place d’honneur. Il ne tracte plus de charrettes, a un gîte convenable, des lads qui l’entretiennent, des entraîneurs qui le chérissent, des jockeys avec qui il est devenu complice et surtout des propriétaires qui jusqu'à preuve du contraire ne parient pas et ne sont pas turfistes.
Le nom de Djelfa est intimement lié au meilleur moment de la vie de la jument. En langue arabe lorsque la jument prend on dit alors «jelfate». C’est dire que Djelfa et le cheval barbe ou autre il y a un lien que ni le temps ni la modernité ne pourront altérer. Un vieux dicton très usité dans la région dit : «El khial taâraf rekabha», c'est-à-dire que les chevaux savent reconnaître leurs cavaliers.  
(D Harfouche 28/11/2006)

                                                                     

 

Pour l'histoire du Cheval Barbe voir : Le Barbe, cheval du Maghreb, par Denis Bogros

 

 

 

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